Kagame s’exprime au journal à Die Tageszeitung sur les actuelles difficiles relations rwando-Ougandaises. Par Jovin Ndayishimiye

 

 




Ce 20 juin 2019, alors qu’il participe aux Journées Européennes de Développement à Bruxelles, le président Paul Kagame s’est prêté au micro d’un quotidien allemand Die Tageszeitung/TAZ.

Kagame est confiant sur le fait qu’une baisse de tension entre l’Uganda et le Rwanda, deux pays frères, il est probable qu’il ne sera jamais question de confrontation armée, surtout que « l’Ouganda est conscient de grosses pertes qui pourraient être occasionnées par ces confrontations ouvertes ».

« En politique, c’est partout dans le monde. Il y a des hauts et des bas. Nous avons vécu avec l’Ouganda en bonne intelligence durant beaucoup d’années. Les malentendus surgissent de temps à autre et se dissipent. Nous sommes confiants qu’il arrivera un jour où ces derniers seront complètement effacés », a-t-il confié au journaliste ajoutant que tout malentendu entre pays a des implications économiques négatives sur les deux pays.

« Le Rwanda est contre ce mauvais climat qui perdure entre lui et son voisin l’Ouganda », a-t-il ajouté n’oubliant pas néanmoins que partout dans le monde des relations bilatérales entre pays sont souvent torpillées par de « passagères incompréhensions ».

Kagame a focalisé ses propos sur le fait actuel qui détériorant les relations bilatérales rwando-ougandaises, le fait que les forces de sécurité ougandaises sont impliquées dans le soutien actif aux mouvements armés rwandais des FDLR/Forces Démocratiques de Libération du Rwanda et de « Rwanda National Congress ».

« Par ce projet ougandais de soutien aux mouvements rebelles contre le Gouvernement rwandais, l’Ouganda montre clairement ses motivations alimentées par le fait que nous poursuivons les intérêts du Rwanda et non ceux de Museveni. Ce dernier ne voient pas d’un bon oeil un Rwanda doté d’un gouvernement qui agit en toute indépendance. Ils veulent voir un Rwanda qui adopte un profil bas », a dit le Président Kagame qui, maintenant, divulgue le vrai fond du contentieux rwando-ugandais.

Pourquoi les cachots, les prisons et autres « safe houses » ougandais sont pleins de Rwandais ?

Le Président donne une explication sur l’information émanant du Ministère rwandais des affaires étrangères selon lesquelles plus de 980 citoyens rwandais résidant ou voyageant en Ouganda ont été arrêtés ou déportés au Rwanda après le séjour dans le cachot dans lesquelles ils ont subis des tortures atroces.

Il balaie d’un coup de vent les déclarations selon lesquelles les Rwandais déportés et d’autres qui croupissent dans les geôles ougandaises sont tantôt des espions au service de leur pays, et qu’ils sont des irréguliers alors que l’espace EAC a encouragé la circulation des personnes et des biens d’un pays membre à l’autre rien qu’avec une carte d’identité biométrique.

« Les ougandais brandissent un argument farfelu. Ils disent que le Gouvernement rwandais a des agents en Uganda qui viennent les combattre. Et ils font une répression indistinctement : femmes, enfants, hommes y compris des étudiants réguliers dans les écoles et instituts ougandais, tous ils sont arrêtés", a confié Kagame. Il a  ajouté qu’au vu de cette situation qui a continué de s’empirée, le Rwanda a conseillé à ses ressortissants de ne plus entreprendre des voyages dans ce pays.

Bien informé des menées des forces de sécurité ougandaises, Kagame parle de 200 citoyens rwandais arrêtés et pour lesquels aucun crime probant ne pèse sur eux au point que les forces de sécurité ougandaises sont incapables de les déférer devant la justice du pays.

« Nous Rwandais, n’avons aucune intention d’interférer dans les prises de décision des ougandais. Nous les avons priés avec insistance de faire comparaître devant la justice les détenus rwandais qui sont détenus dans leurs prisons. Rien ou presque n’a été fait. Ceux qui, parmi eux, ont eu la chance d’être déportés, après avoir passé la frontière, confient à la presse qu’ils viennent injustement de séjourner 9 à 12 mois dans les prisons ougandaises. Nous nous sommes gardés d’empirer la situation. Une opinion publique généralisée craigne une guerre qui peut se déclencher entre nos deux pays. Moi non plus je ne vois pas d’un bon oeil un tel piètre développement de la situation car l’Ouganda sait très bien les conséquences d’une telle guerre »,a-t-il déclaré Kagame.  "Nous ne voulons pas du tout envisager une telle option car chacun d’entre nous perdrait en échange ».

D’aucuns pensent que Paul Kagame, parlant de malheureuses pertes de part et d’autre, faisait allusion à l’échauffourée de Kisangani en RDC en 2000 (du 5 au 10 juin) entre troupes ougandaises et rwandaises où quelques 2.000 hommes de troupes ougandaises ont perdu la vie alors que les deux forces luttaient pour occuper l’aéroport stratégique de Kisangani et les deux parties poursuivaient leur avancée sur Kinshasa appuyant les troupes du Rassemblement Congolais pour la démocratie.

La situation est loin d’être sereine entre les deux pays. Le Président Paul Kagame répète à qui veut l’entendre que « le Rwanda ne tolèrera point tout régime étranger qui voudrait lui nuire et porter atteinte à ses intérêts", lui qui ne veut rien qu’une coexistence pacifique.

Le mot de la fin ?

Le Journaliste du TAZ assaille le Président Paul Kagame de questions cherchant une clarification de sa position sur la question de savoir s’il y a des offres de médiation en cours par de puissances étrangères comme l’anglaise Claire Short l’a fait en l’an 2000, au moment des temps durs de Kisangani ?

Il voulait savoir aussi si les sociétés civiles ougandaise et rwandaise sont actives à aider à la résolution pacifique de ce conflit qui risque de dégénérer en guerre ouverte si Museveni continue de soutenir les combattants RNC et, pense-t-on sérieusement, et de maintenir un camp d’entraînement dans les vastes espaces-de plantation de tabac que l’Ouganda a concédé au richissime rwandais Tribert Rujugiro Ayabatwa, lui aussi, comme le général Faustin Kayumba Nyamwasa, dissident et combattant avec acharnement le régime de Paul Kagame ?

Une réthorique menaçante et inquiétante appelant aux efforts conjugués de la société civile

Kagame est sincère et clair sur ce point. Apparemment il contient difficilement sa colère ne comprenant pas ce qui se passe dans l’esprit de Museveni qui tient contre vents et marées à l’écarter du leadership rwandais depuis les anciens temps de 1998-2000 où il faisait office de Vice-Président et Ministre de la Défense du Rwanda.

« Oui ! Si vous dépassez la limite, (la réponse sera cinglante). Vous avez tout le loisir de faire tout ce que vous voulez dans les limites territoriales de votre pays y compris arrêter (même illégalement des gens, citoyens Rwandais). Mais si vous enjambez la frontière et vous vous retrouvez au Rwanda dans votre tentative de déstabiliser le pays, alors là, la situation changera...vous aurez signé le déclanchement des hostilités », a confié Kagame au journaliste montrant que l’actuelle rhétorique énoncée par Kigali et Kampala n’est pas pour apaiser les esprits.

Une situation qui exige de grands médiateurs internationaux et convoque des interventions et actions positives des sociétés civiles rwandaise et ougandaise pour mieux ramener un climat de convivialité qui caractérisait les deux régimes Museveni et Kagame issus de guérillas successives (1986 et 1994) et pour lesquelles l’union a fait la force avec des fruits certains.