C’est sur ce socle que l’actrice rwandaise Eliane Umuhire a bâti son engagement entrepreneurial, avec l’ambition de soutenir et d’élever d’autres femmes. Connue notamment pour ses rôles dans Birds Are Singing in Kigali (2017) et dans le film français Petit Pays (2020), Umuhire affirme vouloir créer des liens durables entre cinéastes, artistes et professionnelles de la création rwandaises et françaises.
Dans cette optique, elle a fondé « Au cœur du Rwanda et de la sororité », une initiative destinée à favoriser les échanges interculturels, à promouvoir les femmes dans les industries créatives et à cultiver le leadership à travers le récit et la collaboration. « Travailler dans ces secteurs m’a appris que le leadership ne repose pas sur l’autorité, mais sur l’empathie et la vision », confie-t-elle à Forbes Africa. « Au Rwanda, il existe un esprit de reconstruction et de coopération. Cette expérience m’a montré que lorsque les femmes dirigent avec authenticité, elles ne transforment pas seulement le cinéma, elles transforment la culture, en donnant une voix qui nous permet de nous sentir vues et comprises. Je continue de croire en un monde où la réussite des femmes n’est pas une exception, mais une norme. » Umuhire a également introduit au Rwanda Girls Support Girls, une association française qui célèbre la sororité et l’autonomisation créative.
« Le Rwanda est un lieu de résilience et de renaissance, où les femmes jouent un rôle central dans l’écriture de l’histoire nationale. Avec Karolyne Leibovici et Vanessa Djian, nous avons imaginé ce voyage comme un pont permettant aux créatrices rwandaises et françaises de se rencontrer, d’échanger des idées et de co-créer au-delà des frontières », ajoute-t-elle.
En Afrique, les discussions sur le cinéma mettent souvent en avant l’Afrique du Sud et le Nigeria. Pourtant, le Rwanda s’impose progressivement comme un pôle cinématographique, avec un accent marqué sur les documentaires sociaux, les récits historiques et la narration culturelle.
Les avancées du Rwanda en matière d’autonomisation des femmes et d’égalité de genre ont un impact concret, y compris dans le secteur créatif. Selon la société de production Hoodlum Film Fixers, Kigali est devenue une destination de tournage très recherchée grâce à sa sécurité, à ses paysages remarquables et au soutien des autorités publiques au secteur culturel. « En grandissant au Rwanda, j’ai vu des femmes montrer l’exemple au gouvernement, dans les communautés et de plus en plus dans la culture », explique Umuhire. « Cela a forgé ma confiance en tant que femme et créatrice. Ce projet s’inscrit dans cet héritage : il s’agit de montrer au monde que le Rwanda n’est pas seulement un modèle d’égalité de genre en politique, mais aussi un pays où les femmes redéfinissent la créativité et l’innovation. »
Cet élan est également partagé par l’entrepreneure Dorah Kirezi, propriétaire et gestionnaire de deux restaurants à Kigali. Pour elle, l’aventure va bien au-delà de la gastronomie : il s’agit de créer une expérience sensorielle, un lieu célébrant l’art, la culture et la cuisine, ancré dans sa passion pour l’hospitalité.
« De mes débuts dans le service à la clientèle et l’aviation à la gestion d’équipes et à la compréhension des relations humaines, j’ai, au cours des dix dernières années, développé plusieurs restaurants, chacun inspiré par l’appétit croissant du Rwanda pour des expériences raffinées et porteuses de sens. Je voulais créer des espaces à la fois ouverts sur le monde et fièrement rwandais », déclare-t-elle à Forbes Africa.
Selon un rapport de la Banque mondiale, un tournant décisif pour les femmes est intervenu après le génocide contre les Tutsi de 1994. Dans l’après-tragédie, les femmes constituaient une part importante de la population et ont été au cœur de la reconstruction nationale. La Constitution de 2003 a instauré un quota minimum de 30 % de femmes dans tous les organes décisionnels de l’État. Le rapport souligne que cette avancée politique a renforcé la participation des femmes à l’économie en leur accordant le droit de posséder et d’hériter de terres et de biens.
« Les recherches montrent que le Rwanda se situe devant ses voisins d’Afrique de l’Est en matière de nombre de femmes propriétaires de terres et de biens en leur nom propre », indique le rapport.
« Être entrepreneure au Rwanda a été à la fois exigeant et extrêmement gratifiant », confie Kirezi. « Les progrès réalisés dans l’autonomisation des femmes ont transformé notre manière de faire des affaires. Nous sommes encouragées à innover, à diriger et à rivaliser sur la base du mérite. J’ai pu constater de près comment des politiques et des réseaux de soutien ont permis aux femmes entrepreneures de prospérer, non seulement comme cheffes d’entreprise, mais aussi comme actrices clés de leur secteur. »
Dans une déclaration faite en 2024, le président rwandais Paul Kagame a rappelé que les femmes constituent un pilier essentiel du développement du pays. « Vous avez évoqué l’or caché à l’intérieur de la femme », a-t-il déclaré. « Pour moi, il n’est pas caché, je l’ai toujours vu. Ce n’est pas quelque chose que nous avions à découvrir, cela a toujours été visible. C’est pourquoi il est facile de promouvoir l’égalité de genre. Lorsqu’il s’agit de droits et de les défendre, je commence par rappeler aux femmes de se battre pour leurs propres droits, mais je rappelle aussi à chaque Rwandais qu’il ne doit pas attendre que quelqu’un d’autre lui accorde ses droits. Il faut se lever, lutter et s’octroyer soi-même les droits qui vous ont été refusés. »