La Commission de l’Onu demande au Burundi de « briser le cycle de la violence », mais son représentant permanent à Genève, après avoir consulté sa capitale a répondu par une fin de non recevoir. Par Marie-France Cros.

 






Passe d’arme à Genève entre la Commission d’enquête de l’Onu sur le Burundi et le représentant permanent de ce pays. Après que celle-ci a appelé Gitega (la nouvelle capitale du Burundi) à « briser le cycle de la violence » et à coopérer avec les Nations unies, Renovat Tabu a répondu par une fin de non recevoir.

Devant le Conseil des Droits de l’Homme réuni à Genève, les membres de la Commission onusienne ont exhorté mardi le nouveau chef de l’Etat  burundais,le général-major Évariste Ndayishimiye, à démontrer « sa volonté de changement en coopérant pleinement » avec les Nations unies et à rouvrir le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme au Burundi, fermé par le régime burundais en février 2019.

Importante répression

La Commission d’enquête a été mise sur pied en 2016, après le début de la répression tous azimuts qui s’est abattue sur les Burundais soupçonnés, à tort ou à raison, de s’opposer au maintien au pouvoir du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat expressément interdit par l’accord de paix d’Arusha, qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005; 300.000 morts). Le régime, toutefois, a toujours refusé aux membres de la Commission d’enquête le droit d’entrer au Burundi; ceux-ci ont donc travaillé depuis l’extérieur.

Après le décès de Pierre Nkurunziza, le 8 juin, vraisemblablement du Covid-19 qu’il s’obstinait à nier – décès qui a accéléré la prise de fonctions du major-général Ndayishimiye, déclaré « élu » après des scrutins si irréguliers que la commission électorale avait dû  retirer ses résultats officiels – les pays amis du Burundi veulent croire que le changement de Président peut se traduire par une ouverture du régime. Et cela en dépit de la constitution d’un gouvernement qui met en avant les militaires les plus dur du régime Nkurunziza.

La Commission d’enquête de l’Onu a, sur ce point, mis en garde la communauté internationale « contre un relâchement prématuré » et contre la tentation de « tourner la page comme si une élection et une transition politique suffisaient à garantir automatiquement l’amélioration de la situation des droits de l’homme à l’avenir ». Aux yeux de son président, le Sénégalais Doudou Diène, « cette transition pourrait devenir une opportunité d’amélioration si le gouvernement prend des mesures concrètes pour y remédier. La communauté internationale doit rester vigilante ».

Un rapport à « rejeter » selon Gitega

Le représentant permanent du Burundi à Genève, Rénovat Tabu, lui a donné raison en opposant une fin de non recevoir à l’invitation de la Commission d’enquête, assurant que le rapport oral de cette dernière « mérite d’être simplement rejeté » parce que « le vrai mandat de la Commission est de tout faire pour faire changer le système de gouvernance au Burundi », avec un « agenda géopolitique » au « profit notamment de l’opposition politique burundaise ».

Et de reprocher au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu de « s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats jusqu’à diffamer et injurier les autorités publiques sous la bénédiction dudit Conseil et en violation flagrante de la Charte des Nations unies ».

En conséquence, « le Burundi réaffirme son refus de coopérer avec une telle Commission », dont le représentant du régime militaire burundais appelle à « vérifier la nécessité et l’utilité ». Et d’inviter les partenaires du Burundi à s’adapter au régime militaire plutôt que l’inverse: ils doivent « changer de vision et poser des gestes de bonne coopération au développement répondant aux priorités de la population bénéficiaire telles que détaillées dans le Plan national de développement 2018-2027 ».

Détournements de fonds

Enfin, Rénovat Tabu s’est élevé contre les remarques de la Commission d’enquête sur de possibles détournements de fonds de l’aide publique au développement », qui a fortement diminué depuis 2015 pour sanctionner les importantes violations des droits de l’Homme par Gitega, mais qui se poursuit dans l’agriculture et la santé.