Le gouvernement rwandais a accueilli 20 Rwandais qui auraient été déportés mercredi de l’Ouganda,  où ils avaient été illégalement détenus et torturés.


Le ministre d’État, Nduhungirehe, et les 20 Rwandais déportés d’Ouganda. (Courtoisie)

 

Dans une déclaration publiée mercredi soir, l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe, ministre d'État chargé de la Communauté de l'Afrique de l'Est, « a exprimé ses condoléances aux Rwandais déportés et à leurs familles pour la douleur et les difficultés auxquelles ils ont été confrontés. »

« Ces détentions illégales, ces mauvais traitements et ces déportations sont la raison pour laquelle le gouvernement rwandais a conseillé à nos citoyens de ne pas se rendre en Ouganda », a-t-il déclaré.

« Nous continuons d'appeler l'Ouganda à cesser toute collaboration avec les groupes terroristes hostiles au Rwanda, dont RNC, pour cibler, détenir illégalement et torturer des Rwandais et utiliser des moyens légaux pour traduire en justice les Rwandais soupçonnés d'avoir enfreint la loi », a-t-il ajouté.

Kigali a répété que la dernière expulsion de ressortissants rwandais par l'Ouganda n'était pas un cas isolé.

«Le sort de centaines de Rwandais, dont les noms sont connus du Gouvernement ougandais, qui ont été tués, arrêtés, incarcérés et torturés sans avoir aucun accès consulaire ou d’avocat. Et le millier de personnes expulsées illégalement au Rwanda dans des conditions inhumaines, plusieurs fois dénoncés par le Rwanda par voies diplomatiques et des contacts au plus haut niveau, a indiqué le communiqué.

La déclaration ne fournit pas de détails sur l’identité des personnes expulsées, ni sur la durée de leur détention, mais les expulsions de mercredi constituent le plus grand groupe de Rwandais expulsés d’Ouganda au cours des deux derniers mois.

Jusqu'à ce cas particulier, des autorités ougandaises ont jeté à la frontière des individus ou de petits groupes de Rwandais souvent dans des mauvaises conditions physiques suite à des tortures sévères.

Bien que les derniers arrivants n'aient pas encore parlé aux médias, les déportés précédents ont raconté des histoires de traitements inhumains et de tortures aux mains des forces de sécurité ougandaises, notamment des agents des services de renseignements et des agents liés au groupe terroriste rwandais de RNC.

RNC a été créée par des fugitifs rwandais, y compris d'anciens officiers supérieurs recherchés au Rwanda pour des affaires liées au terrorisme pour lesquelles ils ont été jugés par contumace et condamnés à diverses peines d'emprisonnement. Le groupe est lié à une série d'attaques à la grenade fatales qui ont secoué la capitale Kigali il y a une dizaine d'années.

L’Ouganda a également été lié à d’autres groupes armés anti-Kigali, dont les FDLR, l’origine des forces et des milices largement imputables au génocide de 1994 contre les Tutsis et au FLN, qui a fait l’an dernier des incursions en territoire rwandais à travers le Burundi, faisant au moins neuf morts.

L’appui de l’Ouganda à une myriade de groupes rebelles rwandais a en partie été révélé par de hauts responsables des FDLR et du FLN arrêtés au cours des six derniers mois et comparaissant devant des tribunaux.

Un rapport d’experts publié par les Nations Unies en décembre a également indiqué que l’Ouganda était une source importante de nouvelles recrues pour «P5», une coalition réunissant différents groupes rebelles rwandais dirigés par Kayumba Nyamwasa, de la RRC. Nyamwasa est basé en Afrique du Sud.

Kampala a rejeté ces accusations et affirmé avoir arrêté des personnes impliquées dans l'espionnage et d'autres activités illégales - bien que la plupart des personnes expulsées aient déclaré qu'elles n'avaient jamais été inculpées par un tribunal.

Cependant, le président ougandais, Yoweri Museveni, a admis dans une lettre adressée à son homologue rwandais, Paul Kagame, en mars dernier, qu'il avait rencontré «par hasard» dans son bureau des responsables de la RNC.