Le procureur fédéral Arnaud d’Oultremont a répliqué, mardi, devant la cour d’assises de Bruxelles, à la plaidoirie de la défense, la qualifiant de « volontairement décousue ». Par Sabine Ringelheim, Nicolas Scheenaerts et Corine Debeul










« Je pense que c’est fait exprès, comme c’était fait exprès d’être distrait quand les choses importantes étaient dites pendant l’audition des témoins », a-t-il déclaré, assurant aux jurés: « non, ce n’est pas impossible de juger le génocide. Et vous le ferez ».

Fabien Neretse, un Rwandais de 71 ans, doit répondre devant la cour de crime de génocide et de crime de guerre commis au Rwanda en 1994.

« Tout ce que je vous ai dit est dans le dossier. Du côté de la défense, on vous balance des arguments qui n’ont ni queue ni tête », a répliqué le procureur. Il a avancé que plusieurs données fournies par la défense durant sa plaidoirie étaient inexactes et a réaffirmé qu’il s’était basé sur une vingtaine de témoins pour appuyer sa thèse d’un crime de génocide commis par l’accusé. « Tous disent que monsieur Neretse savait très bien ce qu’il se passait sur les collines ».

Les avocats de la partie civile ont également répliqué aux arguments avancés lundi par la défense. Me Isa Gultaslar s’est montré particulièrement critique vis-à-vis de la plaidoirie de Me Jean Flamme. « C’était un hommage à la vacuité, le néant cosmique », a-t-il dit, caricaturant la position de Me Flamme à propos des responsabilités dans ce génocide. « L’assassinat de Kennedy, c’est le FPR! L’assassinat de Louis XVI, c’est le FPR! L’assassinat du petit Grégory, c’est le FPR aussi ».

 

Dur, dur de défendre l'indéfendable 


Fabien Neretse, un Rwandais de 71 ans résidant en France, est accusé de crime de génocide et de crime de guerre pour avoir, en tant que co-auteur, tué un nombre indéterminé de personnes, dont treize ont été identifiées et dont certaines étaient d’origine tutsie. Les faits s’étaient produits au Rwanda en 1994, durant le génocide des Tutsis et le conflit armé qui a opposé les Forces Armées Rwandaises (FAR) et le Front Patriotique Rwandais (FPR). Fabien Neretse est en particulier accusé d’avoir dénoncé, le 9 avril 1994 à Kigali, plusieurs personnes d’origine tutsie dans son voisinage du quartier Nyamirambo. Elles avaient été abattues par des militaires.


Parmi les victimes figuraient des membres de la famille Sisi, des membres de la famille Gakwaya ainsi qu’une Belge, Claire Beckers, son mari, Isaïe Bucyana, et leur fille Katia. Il est aussi accusé d’avoir commandité des meurtres, dont ceux des dénommés Joseph Mpendwanzi et Anastase Nzamwita, en mai et juin 1994, du côté de Mataba, son village natal au Nord-Ouest du Rwanda, où il s’était installé dès la mi-avril 1994. Selon l’accusation, Fabien Neretse avait créé, entretenu et financé une milice d’Interahamwe avec les gardiens de l’école ACEDI-Mataba, qu’il avait lui-même fondée en 1989. Cette milice aurait ensuite commis de nombreux meurtres de Tutsis et de Hutus modérés.