Contrairement à ce qu’a soutenu l’accusé Neretse, le corps d’Isaïe Bucyana faisait bien partie de ceux qu’il a découverts et inhumé comme les autres le 10 avril 1994. Par La Libre






La cour d’assises de Bruxelles a entendu en visioconférence, lundi après-midi, l’un des habitants du quartier Nyamirambo à Kigali, qui a pris part aux courtes obsèques des onze victimes fusillées par les militaires le 9 avril 1994. Il a déclaré, contrairement à ce qu’a soutenu l’accusé, que le corps d’Isaïe Bucyana faisait bien partie de ceux qu’il a découverts le 10 avril 1994. Fabien Neretsé, un Rwandais de 71 ans vivant en France, est accusé devant la cour de crime de génocide et de crime de guerre commis en 1994, durant le génocide au Rwanda. Il est entre autres suspecté d’avoir dénoncé ses voisins du quartier Nyamirambo à Kigali aux militaires des Forces Armées Rwandaises (FAR), le 9 avril 1994.

Onze personnés avaient été tuées dont la Belge Claire Beckers, son mari Isaïe Bucyana et leur fille Katia. « Comme d’autres personnes du quartier, j’ai eu du courage et nous sommes sortis de chez nous pour aller aider aux obsèques [des victimes tuées le 9 avril 1994]. Il y avait beaucoup de sang. Il y avait les corps de Bucyana Isaïe, de son épouse, une blanche qui s’appelait Claire, Katia, Colette, donc madame Sissi, Ernestine, la fille de Sissi, et une femme avec son bébé sur le dos », a énuméré le témoin, auditionné depuis le Rwanda par viosoconférence, évoquant ce dont il se rappelait.

« Nous avons fait le trou pour enterrer les corps. Parmi les personnes présentes, il y en avait que je connaissais et d’autres que je ne connaissais pas », a-t-il poursuivi, ne sachant plus si l’accusé était sur place comme celui-ci l’affirme.

Il a précisé qu’il savait qui était Fabien Neretsé puisqu’ils vivaient tous deux dans le même quartier. « Des gens du parti CDR [Coalition pour la Défense de la République] qui jetaient des pierres chez Sissi se retrouvaient après chez Neretsé », a raconté le témoin, qui était âgé de 20 ans lors du génocide.

La soeur de ce dernier a elle aussi été entendue lundi, en personne devant la cour. Elle a expliqué que, contrairement à son frère, elle n’avait pas participé aux obsèques des victimes. « Mon frère, lui, était là parmi les premiers [à découvrir les corps]. C’était la première fois que dans notre quartier on avait tué un si grand nombre de gens. Mon frère était fort traumatisé quand il est revenu. Il m’a raconté comment tous gisaient. C’était des gens que nous fréquentions beaucoup », a relaté celle-ci, âgée de 18 ans à l’époque des faits.

Elle a ajouté qu’elle ne connaissait pas Fabien Neretsé mais avoir appris qu’il était membre du MRND [Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, parti au pouvoir en 1994]. « Nous voyions des gens qui provenaient des meetings du MRND entrer chez lui », a-t-elle déclaré, citant notamment, tout comme un précédent témoin, le nom de Froduald Karamira. Cet homme était membre de l’aile radicale du parti MDR [Mouvement Démocratique Républicain], et donc proche du MRND, a-t-elle précisé. Froduald Karamira a été reconnu coupable au Rwanda pour avoir organisé la mise en oeuvre du génocide et condamné à mort.

Fabien Neretsé, un Rwandais de 71 ans résidant en France, est accusé de crime de génocide et de crime de guerre pour avoir, en tant que co-auteur, tué un nombre indéterminé de personnes, dont treize ont été identifiées et dont certaines étaient d’origine tutsie. Les faits s’étaient produits au Rwanda en 1994, durant le génocide des Tutsis et le conflit armé qui a opposé les Forces Armées Rwandaises (FAR) et le Front Patriotique Rwandais (FPR).

Fabien Neretsé est en particulier accusé d’avoir dénoncé, le 9 avril 1994 à Kigali, plusieurs personnes d’origine tutsie dans son voisinage du quartier Nyamirambo. Elles avaient été interceptées par des militaires alors qu’elles s’apprêtaient à quitter leurs maisons pour se réfugier dans un camp de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar). Ceux-ci avaient abattu onze personnes parmi celles-ci, dont une Belge, Claire Beckers, son mari, Isaïe Bucyana, et leur fille Katia.

L’accusé est aussi suspecté d’avoir créé, entretenu et financé une milice d’Interahamwe dès la mi-avril 1994, dans son village natal de Mataba (Nord-Ouest du Rwanda). Cette milice est responsable de nombreux crimes, selon l’accusation.

Le procès se poursuivra mardi avec l’audition d’autres témoins en lien avec la fusillade dans le quartier Nyamirambo à Kigali le 9 avril 1994.