En plein embargo sur les armes pour le Rwanda, pendant le génocide, les achats ont continué via de grandes banques, en particulier françaises. Le contenu publié par Comtenalezcichocki


Colonel Bagosora, cerveau du génocide contre les Tutsi a lui-même confirmé devant la TPIR, la livraison d’armes avec la complicité de la France, qui lui ont permis d'accomplir son apocalypse.

La Banque nationale de Paris − devenue depuis la BNP Paribas −, qui selon elles auraient autorisé deux transferts depuis le compte détenu chez elle par la Banque nationale du Rwanda vers un compte au nom de Petrus Willem Ehlers dans la banque suisse UBP.
Des fonds qui, selon Sherpa, auraient permis à Théoneste Bagosora – surnommé le « cerveau du génocide » et condamné à 35 ans de prison en appel en 2011 – d’acheter 80 tonnes d’armes, kalachnikovs et munitions, livrées les 16 et 20 juin 1994 à Goma, au Zaïre (actuelle RDC), avant d’être transportées vers le Rwanda voisin.
Une livraison confirmée par le colonel Bagosora lors de son procès devant le tribunal international pour le Rwanda, qui a précisé que ces armes avaient servi à « aller donner un coup de main à Kigali.
En plein embargo sur les armes pour le Rwanda, pendant le génocide, les achats ont continué via de grandes banques, en particulier françaises.
Le 18 mai 1994, le Conseil de sécurité adopta un embargo sur les livraisons d’armes à destination du Rwanda en vertu du chapitre VII de la charte des Nations Unies [1]. La France vota pour alors que le général Quesnot, chef d’état­-major particulier du Président de la République, y était opposé. Il faisait observer début mai à François Mitterrand que « les forces gouvernementales rwandaises sont à court de munitions et d’équipements militaires. Mais, poursuivait-­il, le Quai d’Orsay, faisant état de l’opinion publique et de la nécessité de ne pas alimenter le conflit, estime nécessaire d’appuyer la proposition américaine d’embargo sur les armes et les munitions à destination du Rwanda. »
Bagosora fait son marché aux Seychelles
Le 24 juin 1994, l’ambassade états­ unienne aux îles Seychelles informa Washington de ses démarches auprès du président René au sujet d’une livraison d’armes au Zaïre destinée en réalité au Rwanda. Celui­-ci admit qu’ils avaient pu être abusés et l’a faite interrompre.
C’est un parti politique, l’« United Opposition », qui a accusé le gouvernement de jeter de l’huile sur le feu en vendant des armes au Rwanda alors que l’opinion était bouleversée par les atrocités qui s’y déroulaient. Il fit savoir dans la presse locale que le 4 juin, un Zaïrois et un Sud­-Africain avaient débarqué de Johannesbourg.
Le 16 juin, un Rwandais était arrivé à bord d’un avion zaïrois. Il repartit pour Goma avec une première cargaison d’armes. Le 18 juin, un avion zaïrois emportait une nouvelle cargaison. La présence d’un Rwandais ne laissait pas de doute sur la destination réelle de ces armes, poursuivait le communiqué, qui demandait au gouvernement de s’expliquer. Le ministre de la Défense des Seychelles, James Michel, était mis en cause. Ces armes faisaient partie d’un stock que le gouvernement seychellois avait confisqué à bord d’un bateau appelé Le Malo, arraisonné en mars 1993. Elles étaient destinées à la Somalie, frappée alors d’embargo international.
En 1995, l’enquête de Kathi Austin pour Human Rights Watch a révélé que le colonel Bagosora, organisateur du génocide des Tutsi, se faisant passer pour un officier zaïrois, avait négocié cet achat d’armes par l’intermédiaire d’un Sud­ Africain nommé Petrus Willem Ehlers.
Deux avions d’Air Zaïre transportèrent 80 tonnes d’armes, dont 2 500 fusils d’assaut Kalashnikov AK47, des centaines de milliers de balles pour fusils et mitrailleuses, des grenades, des obus de mortiers, etc. Ces armes arrivèrent à Goma dans les nuits des 16­-17 et 18­-19 juin 1994. Elles furent remises à l’armée gouvernementale rwandaise à Gisenyi. Au Tribunal pénal international pour le Rwanda, Bagosora confirma qu’une troisième rotation a été suspendue car il risquait lui­-même de se faire arrêter (10/11/2005).
Des armes financées par un compte à la BNP
La commission de l’ONU chargée d’enquêter sur les violations de l’embargo a révélé que le général Baoko-­Yoka, vice­ ministre zaïrois de la Défense, a délivré un permis de transport et d’affrètement à Ehlers en date du 13 juin 1994 [8]. Elle a précisé qu’Ehlers a versé aux Seychelles pour cet achat 180 000 $ le 15 juin, puis 150 000 $ le 17, soit 330 000 $ en tout. Son compte en Suisse 82 113 CHEATA, agence de Lugano, Union Bancaire Privée (UBP), a été crédité le 14 juin 1994 de 592 784 $, puis le 16 juin de 734 099 $, soit plus d’un million trois cent mille dollars US. D’après le ministre suisse de la justice, « les ordres de virement au compte de M. Ehlers des 14 et 16 juin 1994 avaient été donnés par la Banque nationale du Rwanda à Kigali. Les fonds émanaient de la Banque nationale de Paris, SA, à Paris » [9]. Le gouvernement français n’a pas répondu à la lettre du 13 août 1998 de la commission d’enquête de l’ONU.
En 1998, Le Figaro publie un document du 16 juin 1994 signé Bagosora certifiant que l’avion QC9LV était affrété par l’armée zaïroise pour transporter des armes des Seychelles au Zaïre sous la responsabilité du ministère de la Défense zaïrois. Petrus Willem Ehlers a été secrétaire de Pieter Willem Botha, Premier ministre d’Afrique du Sud. Ehlers connaît bien la France : de 1970 à 1972, il a suivi un entraînement militaire sur les sous­ marins à Toulon et Lorient, et il est en contact avec Jean­Yves Ollivier, proche de Michel Roussin, ministre de la Coopération en 1994. Interrogée par Le Figaro sur cette transaction, la BNP n’a pas répondu.