Les médias étrangers ont repris les révélations appelées «Mauritius Leaks», sur le mode opératoire de certaines entreprises dans l’offshore mauricien. Par l'Express.mu





La publication, mardi, des Mauritius Leaks par l’International Consortium of International Journalists (ICIJ) a créé une onde de choc planétaire. À la base, quelque 200 000 documents fuités d’une Management Company, Venture Corporate Services(Mauritius) Ltd, ex-Conyers Dill & Pearman, domiciliée aux Bermudes, qui sont venus montrer du doigt la juridiction mauricienne. À tel point que depuis hier, le bureau du Premier ministre (PMO) est en alerte, pour dégager une stratégie visant à contrer les effets négatifs de ces «Leaks». Ces révélations découlent des résultats d’une enquête pilotée par une quarantaine de journalistes internationaux.

Colère

Face à la colère des opérateurs offshore, remontés contre les critiques de Mauritius Leaks sur les agissements des sociétés internationales se livrant à des évasions fiscales, au détriment de certains pays en Afrique, des spécialistes tentent de recadrer le débat. Plus particulièrement face à la médiatisation locale et internationale de cette affaire, qui fait l’objet présentement de plusieurs articles de presse et de reportages audiovisuels.

Ainsi, si certains experts tentent de comprendre la colère des opérateurs qui, eux, s’appuient sur l’absence de raisonnements légaux dans l’enquête de l’ICIJ pour s’attaquer à la juridiction mauricienne, ils soutiennent, en revanche, que moralement, ils peuvent consciemment conseiller à leurs clients de payer moins de taxes ou aucune taxe, voire carrément d’éviter de s’acquitter, des charges fiscales. «Je comprends qu’il n’y a aucune législation pouvant empêcher une Management Company de décider dans un sens ou dans un autre. Mais faut-il pour autant se poser la question si elle doit éthiquement priver une juridiction de dizaines de millions de roupies dans sa caisse, sous forme de revenus fiscaux?», se demande un de ces experts.

Des juridictions comme le Zimbabwe, le Kenya, le Swazi- land, ou encore, le Rwanda ont ainsi perdu des millions de dollars au profit de grandes multi- nationales qui sont fiscalement plus averties. Mauritius Leaks reprend d’ailleurs le cas du Sénégal, qui a évalué à 150 millions de francs CFA (un peu plus de Rs 9 millions) les pertes liées à la convention signée avec Maurice, selon l’ONG Tax Justice Network. Et d’ajouter que certains pays, comme le Sénégal ou le Kenya, ont dénoncé ces conventions ou en ont renégocié les termes.

Une analyse qui ne fait pas l’unanimité parmi les opérateurs du secteur, qui, eux, s’appuient sur les termes des accords fiscaux régissant les activités offshores entre deux pays. «Si un accord fiscal permet qu’une transaction soit ‘tax neutral’, il est clair que la société ne va rien débourser sous forme de taxe dans ce pays .Où est le mal ?», s’interroge Assad Abdulatiff, directeur d’Axis Fiduciary. Il précise que l’existence de ces accords fiscaux a permis la création d’un écosystème visant à attirer des investissements étrangers dans beaucoup de pays africains et à les aider à financer leurs infrastructures.